Chaque printemps, la même question revient chez les apiculteurs: Faut-il piéger les reines des frelons asiatiques dès leur sortie d’hivernage?
Derrière cette pratique largement répandue se cache une réalité plus complexe qu’il n’y paraît. Entre efficacité réelle, impact écologique et idées reçues, faisons le point.
Le printemps: un moment clé dans le cycle du frelon asiatique
À partir de février – mars, les reines fondatrices de frelons asiatiques sortent d’hibernation. Leur mission est simple :
trouver un abri, construire un nid primaire et démarrer une nouvelle colonie.
Chaque reine est donc potentiellement à l’origine de milliers d’individus en une saison.
C’est pourquoi le piégeage à cette période est souvent présenté comme stratégique :
Capturer une reine, c’est empêcher la création d’une nid.
Une efficacité à relativiser
Sur le papier, le raisonnement est séduisant. Mais dans la réalité, c’est plus nuancé.
- Une grande partie des reines meurt naturellement au printemps à cause de la compétition entre elles
- Il y a souvent plus de reines que de nids possibles sur un territoire
- toutes les reines capturées ne sont pas forcément fondatrices actives.
Résultat: le lien direct « 1 reine piégée = 1 nid en moins » est simpliste et parfois trompeur.
Alors faut-il piéger?
La réponse aujourd’hui partagée par de nombreux organismes apicoles est:
Oui, mais uniquement dans un cadre précis
Un piégeage efficace doit être:
- Ciblé autour des ruchers, des zones déjà infestées, des anciens nids
- Limité dans le temps, de mi-février à début mai principalement lorsque les températures dépassent 12-15°C
- Suivi est contrôlé: relevé des pièges plusieurs fois par semaine, remplacement régulier des appâts
L’objectif n’est pas d’éliminer l’espèce (impossible), mais réduire la pression locale sur les ruches
Le vrai danger: les pièges non sélectifs
C’est le point le plus critique.
La majorité des pièges artisanaux (type bouteille) capturent:
- mouches,
- papillons,
- abeilles,
- autres pollinisateurs.
Un mauvais piégeage peut donc:
- nuire à la diversité
- affaiblir d’autres espèces utiles
- être contre-productif à long terme.
Quel appât utiliser?
Le mélange le plus courant au printemps:
- 1/3 bière
- 1/3 sirop ou jus sucré
- 1/3 vin blanc (le vin blanc permet de limiter (partiellement) l’attraction des abeilles
À éviter: le miel pur, les appâts trop sucrés en période de floraison.


